Lily se dévoile... #1


C'est accompagné de mon petit thé vanille-fraise (merci Pomme d'Ambre!) que je me décide de dévoiler une (grande) partie de moi. Cet article traîne depuis quelques jours, mais j'ai longuement hésité avant de le finaliser et de vous le partager...

Parlons handicap...

Chez moi, il ne s'entend pas et ne se voit pas. Mais il est bien là, depuis mes 3 ans. Je suis accompagnée de deux autres comparses depuis ce même temps.
J'ai même fini par en remettre un en liberté, il y a 7 ans. Quand son copain sera fatigué, il viendra prendre la relève pour m'assurer un minimum de confort. ;-)



Je suis...malentendante! 
Ah oui, la surdité, un sujet relativement compliqué... "Mais si t'entends, t'es pas sourde?", la classique!

Je n'ai jamais aimé parler de "ça", bien que du haut de mes 27 ans j'ai fini par m'y habituer et à vivre avec.
C'est une partie de moi que parfois j'essaye d'oublier (en ne mettant qu'un seul appareil, par exemple), entre l'enfance où l'on vous rabâche sans cesse les mêmes phrases du style "mets-toi au premier rang à l'école", "fais un effort, les autres y arrivent", "tu es comme tout le monde", l'inquiètude (et pression) des parents qui se demandent si vous vous en sortirez dans votre vie, le harcèlement qui vise la surdité (la différence, ça fait peur, voyez-vous!) etc.

Aller au premier rang? Je n'avais pas le choix, limite forcée, forcément dès le début d'année (et c'était pareil à CHAQUE rentrée scolaire) j'étais vite vue comme celle qui était différente. Rien de mieux pour faire fuir les autres enfants que ça soit à 6 ans comme à 12 ans (qui a dit que puberté = maturité ?) qui avaient peur que je sois contagieuse. (attention, si j'arrête de t'écouter, tu vas perdre tes oreilles!)
Et finalement, cette histoire de premier rang n'a fait que renforcer ma différence auprès des autres enfants d'années en années : j'étais une enfant harcelée du fait de ma surdité. Toutes les réflexions passaient par mes appareils auditifs, mon handicap et finissaient par me toucher. Parce que c'était ce que j'étais : handicapée.

"Fais un effort", je ne faisais que ça à vrai dire. J'ai passé TOUTE ma vie, que je sois enfant, adolescente ou même adulte, je dois m'adapter sans cesse aux entendants. En soi, cela ne me dérange même plus : c'est devenu une habitude. Triste constat. Pour qu'on s'adapte à moi, à l'âge de 6 ans il fallait que j'aille dans une deuxième école en plus de celle dans laquelle j'allais déjà (les enfants finissent à 16h30 ??? je n'ai connu que les retours à la maison à 19h30 !).
A force d'effectuer ces allers-retours jusqu'à mes 17 ans, j'ai fini par cracher sur mon handicap. Je n'avais pas la vie sociale rêvée, je m'étais clairement fait voler mon adolescence. Mes mercredis après-midi étaient auprès de professeurs au lieu de mes amis, mes samedis étaient remplis de soutien scolaire (pas forcément nécessaire, mais je crois que ça rassurait mon père...). J'ai craqué. Pété un plomb. Littéralement.

J'ai décrété que je n'irai plus dans cette deuxième école, évidemment mon père ne l'entendait certainement pas de cette oreille (quel humour!) et tentait de me convaincre d'y aller encore et encore.
Résultat : après les cours, je me cachais dans ma ville, afin d'éviter que le chauffeur ne me récupère ni devant mon lycée, ni à la maison. Mon père ne comprennait pas mon mal-être, comme si mon handicap avait pris toute la place et que mon avis ne comptait pas "puisque de toute façon, c'était comme ça et pas autrement".
Forcément, les parties de cache-cache n'amusaient que moi. Et je m'en fichais, ça a fini par payer. Au bout d'un certain temps, professeurs et parents ont réalisé que j'avais pris ma décision. Que j'avais besoin d'être acceptée des autres. Ca n'a pas été une chose facile, mais j'ai fini par réussir à m'intégrer. J'ai fini par mettre des mots sur mes maux. J'ai fini par être comprise.

J'ai terminé ma scolarité comme je le souhaitais : en me sentant libre et intégrée grâce à la présence de mes amis. Je n'avais plus l'obligation d'être dans 2 écoles, je pouvais enfin être avec mes amis plutôt que d'être en tête à tête avec mon professeur. Ma vie a clairement changé! Mon planning était devenu léger. Sans contraites.

Et le fameux "tu es comme tout le monde !" Ah ? Quand cela arrange alors...
Je devais aller dans une deuxième école, la piscine n'était pas pour moi, les enfants avaient peur de moi, je porte des appareils auditifs mais JE SUIS COMME TOUT LE MONDE.
Bien sûr que je suis comme vous, deux yeux, deux bras, deux jambes... Mais un handicap en plus. ;-) Il faut juste être réaliste (et être tolérant).
Mais je me répète : je suis comme vous, différemment. Je fais les mêmes choses, différemment.

Aujourd'hui, quand les gens prennent connaissance de mon handicap, j'ai systématiquement ces 2 cas de figure qui se présentent :
  • Je dois faire face à ceux qui vont articuler exagérément, me prenant légèrement pour une abrutie,
  • Ou ceux qui vont crier au lieu d'hausser légèrement le ton de leur voix à ma demande parce qu'ils parlent dans leur moustache. (oui, les femmes ont AUSSI une moustache)
J'ai du mal à comprendre comment on peut adopter ce comportement alors qu'il a tout sauf l'air naturel. On sent bien que la personne en face n'est pas à l'aise, mais je laisse faire. Ça me fait rire, au final, dans ces situations je me dit que je ne suis pas celle qui a handicap et ça me rassure !


Au début de l'article, j'expliquais avoir deux comparses mais finalement seul un fait parti de l'aventure avec moi. Depuis mes 20 ans, j'ai décidé que je ne porterai qu'un seul appareil auditif sur les deux.
Pourquoi ? Tout simplement car j'ai (et j'aurai) toujours cette part de moi, qui souhaiterait que ce handicap n'existe pas. J'aimerai entendre à tous les coups, j'aimerai pouvoir répondre à tous les chuchotements, j'aimerai aller à la piscine ou à la mer en entendant parfaitement (sans avoir une petite boîte pour cacher mon précieux sans arrêt...), j'aimerai tellement de choses qui ne me sont pas possibles. Ils sont peu visibles (intra auriculaire) mais cela me laisse 1 chance sur 2 qu'on ne change pas subitement de comportement vis-à-vis de moi lorsqu'on aperçoit l'appareil...
Mon unique compagnon me suffit. Largement. Lorsque celui-ci sera fatigué et aura besoin de vacances, son jumeau prendra la relève. ;-)

Ceci dit, je vais terminer sur une note positive, parce que je ne déteste pas mon handicap, loin de là. Il fait parti de moi, pour toujours.

  • Être malentendante m'a permis de développer la lecture labiale (lire sur les lèvres), de suivre des conversations (taupe-secrètes) où je pouvais mettre des coups de pression ayant tout entendu (oui oui, j'ai fini par me rebeller à un moment-donné ahah).
  • Être malentendante m'a permis d'apprendre la langue des signes françaises, de faire connaissance avec d'autres sourds/malentendants et d'en découvrir beaucoup plus sur le monde des sourds, puisque j'ai passé le plus clair de mon temps auprès d'entendants.
  • Être malentendante me permet de partager une partie de ce que je suis à ma fille, mini Lily, en lui parlant en même temps que je signe. Et je continuerai, encore et encore. ;-)
  • Être malentendante ne m'a certainement pas empêchée d'avoir 2 diplômes en poche.

Si vous avez des questions : n'hésitez pas!
En réalité, écrire tout cela m'a fait un bien fou. De repenser à certains passages de ma vie, revoir certaines scènes parfois bonnes parfois tristes, c'était ce dont j'avais besoin, je crois. Tous ces souvenirs étaient enfouis et j'imagine que je les avais mis moi-même de côté pour ne plus y penser.


8 commentaires:

  1. Merde je faisais partie de la catégorie *Ok j'ai oublié que tu entendais un peu moins bien du coup je parles toujours trop vite en mangeant trop mes mots et à qui tu dois demander de répéter* à tous les coup xD MEA CULPA!
    Du coup je peux vraiment dire que je te voyais comme une personne "comme les autres" :P ça ne t'empêche pas d'être une fille extra et pétillante aujourd'hui, je compatis pour le harcèlement tu vois même en ayant aucun handicap j'en ai subis toute mon enfance donc ça ne vient pas de toi, c'est eux les connards vicieux et méchants! Et ça ne t'as pas enlevé ton pep's, t'es géniale Claire l'oubli jamais ^^

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    1. Oh, je m'attendais à tout sauf à un message de ta part! :D Et non, sache que je te comprenais très très bien haha!! J'ai pris la mauvaise habitude de parler très vite également du coup j'arrive à comprendre les gens qui font pareil!
      Merci pour ton joli mot en tout cas, ça me fait vraiment plaisir à lire, cet article était une sorte de pansement. Du coup ça rajoute du bonus et je me dis que j'ai bien fait de sortir tout ça. ;-) Toi aussi tu es géniale, sache-le. Tu es créative, curieuse, tu as toujours envie de découvrir de nouvelles choses et j'aime beaucoup cette partie de ta personnalité!

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  2. T'as eu Le courage d'en parler vraiment chapeau ,souvent on se fait des complexes et on se ferme à toute communication ,on se Fait Du mauvais sans ,parler Ça libéré.😘😘

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    1. Carrément! Merci beaucoup pour ton retour. ;-)

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  3. Je suis malentendante également. Depuis l'enfance. J'ai eu porté des appareils, au début de l'école primaire, et puis on les a enlevé. Je ne sais plus si c'est parce que finalement, je n'en avais plus besoin ? Toujours est-il que le temps passant, je me rends bien compte que j'aurais bien besoin d'en avoir à nouveau. J'ai 32 ans aujourd'hui, et quelques uns de mes proches savent que je n'entends pas toujours tout, pas toujours bien, ou que je comprends parfois de travers. Mais tout le monde ne le sait pas, parce que je n'en parle pas du tout. C'est ma petite honte, ma petite "tare". Ma maman aussi est malentendante, c'est de famille, j'ai toujours connu également mon papy avec des appareils auditifs. Ma maman se prenait beaucoup de moqueries, y compris par mon papa. Surtout par mon papa en fait, qui a toujours été quelqu'un de très moqueur. Lire sur les lèvres, moi aussi j'ai développé cette aptitude ! :-) Et mes plus grands cauchemars : quand j'étais invitée à dormir chez une copine et qu'elle se mettait à me parler à voix basse dans le voir ... Là, plus possible de tenter de lire sur les lèvres ... Solitude également, pendant mes années de danse puis de théâtre, quand on me chuchotait quelque chose dans les coulisses pendant le spectacle ... S'il s'agissait d'une phrase affirmative, je m'en sortais toujours en faisant semblant d'avoir compris, en rigolant par exemple. Si c'était une question, j'avais l'air débile, en répondant "ah ah !", alors que la personne attendait une réponse ..! Bref ! moi aussi ça m'a fait du bien d'en parler ! :-)

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    1. A l'inverse de toi, je suis la seule malentendante dans ma famille. Mais je n'ai subi aucune moquerie de ma famille (je pense qu'il ne valait mieux pas, mon pere se serait jeter sur ces gens là ahah). Je trouve ça dommage cette attitude envers ta Maman... d'une manière générale, la confiance et l'estime de soi sont extrêmement dures à avoir, mais dans notre situation je trouve que ça l'est encore plus donc si on nous met des bâtons dans les roues, je trouve ça nul.

      Et comme toi pour les chuchotements, j'essayais toujours de m'en sortir en rigolant ou en souriant. Et pareil lors de questions que je ne saisissais pas : le visage de mes interlocuteurs changeait subitement et je devinais tout de suite pourquoi... rien que d'y repenser ça me fait sourire ! Ils ont dû se dire que je les prenais vraiment pour des abrutis ahah !

      En tout cas je te remercie de ton message qui ne fait que compléter mon article. ;-)

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    2. Merci à toi de m'avoir permis de parler de mon expérience, car je n'en parle pas souvent non plus, pour ne pas dire pas du tout ! Cela va peut-être me motiver à en faire un billet ...

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    3. Penses à me laisser un message ou à m'envoyer un mail pour que j'aille absolument le lire !!! ;-)

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